Les premières années de Beatriz Kimpa Vita sont mal connues. Elle naît entre 1684 et 1686 dans une famille originaire de la classe des Mwana Kongo, la plus haute catégorie de la noblesse dans le royaume. À cette époque, le pays est en proie à des guerres civiles. Des conflits opposent des prétendants au trône de la région de Kimbangu où vit la famille de Beatriz. Son père participe personnellement à ses campagnes.

Au terme de guerres riches en trahisons et en complots entre alliés et belligérants, le roi Alvaro X s’impose comme roi de Kibangu. Beatriz commence à avoir des visions d’êtres venus de l’autre monde. Son entourage interprète cela comme une manifestation de la sainteté de la jeune fille, qui commence à s’intéresser à la vie chrétienne.

Fin 1695, Alvaro X est remplacé sur le trône de Kibangu par Pedro IV, qui se présente comme empereur et affirme clairement sa volonté de réunifier le royaume. Ses ambitions sont toutefois remises en question par l’influente reine Ana Afonso de Leão, la sœur aînée d’anciens rois de Kongo.

Elle refuse de reconnaître Pedro et soutient d’autres prétendants au trône. Pensant que le soutien des moines capuchins italiens lui sera suffisant pour être légitimé, Pedro décide de les forcer à s’installer avec lui à Kibangu.

En 1699, Beatriz Kimpa Vita est une prêtresse de la religion traditionnelle. Mais les Capuchins s’attaquent violemment aux religions traditionnelles, aux objets de culte, ainsi qu’aux participants. Beatriz Kimpa Vita abandonne sa pratique de la religion traditionnelle africaine.

Entre 1699 et 1702, la reine Ana et Pedro IV entament une politique de réconciliation pour assurer la restauration d’un Kongo unifié et la réoccupation de la capitale Mbanza Kongo São-Salvador, sous la médiation des moines capuchins. Mais les hostilités se poursuivent. Ces guerres, qui alimentent le commerce des esclaves, entraînent le déplacement de l’armée du général en chef de Pedro IV, Pedro Kibenga dans la vallée du fleuve Mbidizi, où vit Beatriz qui entre-temps, s’est mariée.

La prophétesse

En 1703, le roi Pedro IV, réticent à l’idée d’occuper São Salvador, par peur du rejet de la population locale, préfère envoyer son général en chef Pedro Kibenga, afin de « tester les eaux ».

Le père Bernardo, un moine capuchin, alerte cependant le roi concernant Pedro Kibenga, qui pourrait profiter de la situation pour s’octroyer le pouvoir. Cette crainte est renforcée par des habitantes de la colonie de Kibenga qui ont eu des visions divines leur rapportant la colère de Dieu envers le Kongo, et plus précisément Pedro IV et sa réoccupation trop lente de la capitale São Salvador.

Ces rumeurs, qui ont un fort impact sur toute la vallée de Mbidzi, sont bientôt suivies de la maladie surnaturelle de Kimpa Vita, qui l’aurait fait mourir puis renaître grâce à sa possession par saint Antoine. Celui-ci lui aurait ordonné de prêcher auprès du roi Pedro IV à Kibangu.

Ce qu’elle fait. Elle critique le roi, à qui elle reproche de ne pas avoir réoccupé San Salvador et de ne pas avoir mis un terme aux guerres civiles. Et elle accuse le père Bernardo d’être une personne malhonnête et de refuser la présence de saints noirs à Kongo. Elle va jusqu’à menacer Pedro IV, en lui disant que s’il ne parvenait pas à réunifier le royaume, elle le ferait elle-même.

Les thèmes récurrents chez Kimpa Vita sont : l’importance considérable de saint Antoine par rapport à des figures traditionnelles du christianisme comme Marie, et l’origine kongo du catholicisme et de toutes ses figures.

Elle est l’incarnation de saint Antoine. Jésus et Marie étaient des kongos, Jésus est né à São Salvador et a été baptisé dans la province de Nsundi. Le premier roi chrétien du Kongo, Afonso Ier aurait été le fondateur de l’église catholique.

Kimpa Vita préconisait aussi la vie dans la joie et le bonheur, et mettait en avant l’impératif de la paix.

Lors d’une visite au père Bernardo, ce dernier s’oppose violemment aux propos de Kimpa Vita, la qualifiant de possédée par un démon et recommandant au roi de l’éxécuter, ce qu’il ne fera pas dans un premier temps.

Beatriz Kimpa Vita voyage en 1704 chez João, le roi de Bula, espérant le persuader de réunifier le pays. Le roi n’est pas convaincu et la chasse violemment de son royaume.

Si Kimpa Vita ne trouve pas d’écho chez les deux rois kongos, elle est de plus en plus populaire aux yeux du peuple.

Chassée de Bula, Beatriz Kimpa Vita se rend à São Salvador avec ses suivants, où ceux-ci souffrent vite de la faim. Pedro Kibenga, probablement par intérêt personnel, rejoint la capitale offre son soutien à Beatriz et à ses suivants.

Face à la popularité croissante du message de la jeune femme à São Salvador, chez le petit peuple comme chez les nobles, et au danger que son alliance avec Kibenga pourrait constituer, le roi Pedro IV décide, en 1706, de marcher sur la capitale.

De son côté, Kimpa Vita dit mourir tous les vendredis et dîner avec Dieu avec qui elle discuterait, notamment, de la place des Noirs au paradis.

Elle crée un corps de prosélytes, les « Petits Antoines », qui voyagent à travers le pays pour propager le message antonien. Leur passage dans la province de Soyo est violemment repoussé par le roi local Antonio. Mais ils retiennent l’attention d’un moine capuchin local, le père Lorenzo, qui s’en inquiète autant que son frère Bernardo à Kibangu.

Entre-temps, elle se rapproche d’un homme, João Barro, qu’elle appelle son ange-gardien, en l’occurrence saint Jean. Elle tombe enceinte et accouche, en 1706. 

La chasteté étant une règle morale préconisée auprès des Petits Antoines, étant elle-même l’incarnation de saint Antoine, son accouchement menace de décrédibiliser son mouvement. Elle décide donc de quitter São Salvador d’où elle sera capturée avec son compagnon et son enfant par des envoyés de la reine Ana qui les ramèneront vers le roi. Celui-ci décide d’abord de l’épargner, puis, sous la pression du père Bernardo, de la juger. Elle et son compagnon passent aux aveux, sont jugés pour sorcellerie et hérésie et sont condamnés à être brûlés en juillet 1706.

Trois ans plus tard, Pedro Kibenga est défait par les armées de Pedro IV, ce qui entraînera un chaos dans lequel de nombreux esclaves sont capturés et envoyés aux Amériques.

Même morte, cette prêtresse – dont la postérité a laissé le portrait d’une grande femme à la beauté remarquable, aux cheveux courts, aux grands yeux, à la posture et à la démarche imprévisible lui donnant l’apparence d’un être possédé – continua à survivre culturellement deux siècles encore, avant d’être vaincue par les missionnaires européens.

Considérée comme précurseur des mouvements messianistes congolais, tels que le kibangisme ou le matswanisme, Beatriz Kimpa Vita est une étoile impérissable du panthéon des Africains qui ont combattu pour la survie de leur peuple face à l’impérialisme raciste européen.

ROBE KIMPA VITA

Kimpa Vita (Ou la Jeanne d’Arc Africaine) – Congo