ABLA POKOU – COTE D’IVOIRE
1730 - 1760

Au début du XVIIIe siècle, une scission au sein du peuple Achanti de l’actuel Ghana entraina le départ d’une partie de la population vers l’ouest.

Les membres du clan royal Ba-oulé, ayant à leur tête la princesse Abla Pokou, venaient directement de la cour de Kumassi (Ghana). Ce royaume n’a émigré́ qu’à la mort du roi Osei Toutou.

ROBE ABLA POKOU

Son fils Daaku, frère ainé́ d’Abla Pokou, était prétendant au trône du défunt au même titre que son cousin Opokou Ware.

Battu dans la course au trône, Daaku mourut quelque temps après l’avènement de son cousin. Abla Pokou quitta clandestinement le pays parce qu’elle n’avait plus son frère et unique défenseur. Elle fut obligée d’émigrer pour sauver sa vie ainsi que celle de son unique fil. Aidée par des sympathisants, elle quitta le royaume de Kumassi une nuit de grandes pluies.

L’histoire raconte que, poursuivie par des soldats de son cousin, Abla Pokou ne fut sauvée qu’après avoir sacrifié son fils unique au génie du fleuve Comoé en crue.

Dans ces temps où le sacrifice humain est admis, cette exigence n’a rien d’extraordinaire. Qu’on immole un petit esclave ! Le gardien des traditions sacrées secoue la tête. Non, cette fois, les dieux ne veulent pas d’un esclave.

Ils exigent la vie d’un enfant libre, du meilleur, du plus auguste de tous les enfants. Instinctivement les mères serrent contre elles leurs petits. Elles se dévisagent, déjà̀ hostiles, déjà̀ prêtes à défendre ceux qui tètent leur lait.

Aucune parmi elles n’acceptera l’inacceptable. Le silence est affreux, coupé seulement par le vagissement des enfants conscients d’être au centre du drame.

Et Abla Pokou dit : N’y a-t-il parmi vous un seul qui accepte de sacrifier son nouveau-né́ pour la vie de son peuple ? Le peuple entier baisse la tête. Ces guerriers ayant risqué cent fois leur vie, ces femmes dont l’héroïsme quotidien a seul permis l’exode, s’enferment dans le silence. Ah, si la reine exigeait leur propre vie à eux.

Alors, Pokou comprend. Le salut, s’il existe, ne viendra que d’elle-même. Elle regarde son fils, cet enfant unique, ce miracle de sa vieillesse.

Elle dit : Les dieux ont exigé, ils seront satisfaits. Elle pare l’enfant et le remet au bourreau pour aller le sacrifier au dieu de la rivière.

Elle est maintenant, immobile et seule, grande prêtresse du plus grand sacrifice jamais exigé par les dieux.

Alors, dit la légende, se produit le miracle. Les arbres qui poussent sur les rives se courbent. Ils forment un pont de branches et de lianes à travers le fleuve (Une autre version dit que la traversée du fleuve s’est faite sur le dos des hippopotames qui s’étaient alignés tout le long du fleuve).

Le peuple, se tenant comme il peut aux rameaux, se précipite. Il faut que le chef des guerriers vienne chercher Pokou qui ne semble rien voir.

Il la guide sur le pont végétal comme il le ferait d’un enfant. Elle avance, les yeux fixes. Quand enfin elle aborde l’autre rive, elle s’écrie en sanglotant, Ba-oulé , l’enfant est mort.

C’est après ce sacrifice du fils et la traversée du fleuve que les fugitifs se donnèrent le nom de Ba-oulé (enfant-est-mort). Et Abla Pokou deviendra leur première reine.

Car si, jusqu’au sacrifice, Pokou semble avoir joué́ son rôle de princesse, conseillère en retrait parmi les guerriers, la voilà qui accède au rang le plus haut.

Ce n’est plus seulement la princesse, l’inspiratrice de l’exode. En offrant son enfant, elle est devenue reine, reine et mère de tout un peuple.

Après le passage de Pokou, les arbres se redressent. Là-bas, sur l’autre rive, paraissent déjà̀ les premiers Ashanti. Impuissants, ils voient leurs ennemis disparaitre dans l’obscurité́ de la foret.

Après ce passage légendaire de la Comoé́, le peuple de Pokou se divise en plusieurs rameaux. Certains vont, dit-on, jusqu’au Togo.

Affectée par le sacrifice de son fils, épuisée par la longue et pénible marche à travers la foret, malade, Abla Pokou mourut très tôt à Niamenou. Elle serait morte vers 1760 dans le petit village de Niamonou près de Bouaké qui conserve encore le siège rond de la reine ainsi que des objets sacres : tambours, sièges et armoiries.

 
Sources:

  • Wikipédia
  • N° 18 Janvier 2006 L’Arbre à Palabres